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publié le 25/05/2017
#Interview

Rencontre avec Jean Nouvel

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Né en 1945, Jean Nouvel est un des grands architectes français contemporains de rennomée internationale. il a gagné de nombreux prix dont le Prix Wolf et le Prix Pritzker. Il a réalisé notamment la Tour Agbar, à Barcelone, le Musée du Quai Branly ou encore la façade de l'Institut du monde arabe, à Paris et bien sur la Marseillaise.

CARATÈRE : ENGAGE / PASSIONNE PAR LE CONTEXTE
PASSION : LES ARTS VISUELS / LA MÉDITERRANÉE


Comment Wim Wenders façonna votre imaginaire ?

Jean Nouvel : J’ai toujours aimé son cinéma et particulièrement un film qu’il a réalisé en 1982, “ L’Etat des choses ”.  Cette sorte de jeu de miroir entre la fiction et la réalité, sa manière singulière de cadrer les visages, les corps et les paysages, m’a beaucoup impressionné. Au point que quatre ans plus tard, lors d’un concours pour l’aménagement d’une sous-station de ventilation de l’autoroute A 86 à Nogent-sur-Marne que je proposais de transformer en lieu de nuit multimédia, j’ai donné à ce projet le nom de son film.  Nous avons fini par nous rencontrer un peu plus tard et sommes devenus amis. Quelque temps après, en guise de clin d’œil, il a mis en scène mon projet de La Tour sans fin, à La Défense, dans une séquence de “ Jusqu’au bout du monde ”.

Dans votre travail l’éphémère peut-il exister ?
J. N.
: Evidemment ! J’ai par exemple réalisé deux projets que j’aime particulièrement et qui étaient voués à disparaître : la Serpentine Gallery à Londres, dans Kensington Gardens, et le projet Suisse de Morat en 2002. Dans cette ville historique magnifique, j’ai imaginé une promenade métaphysique, du cœur de ville aux rives du lac du même nom, mettant en scène des objets mystérieux. Pour la Serpentine Gallery en 2009, j’ai voulu célébrer l’été, le soleil, la couleur rouge qui s’épanouit durant la saison chaude avant de disparaître avec l’automne. J’aime ce jeu entre apparition et disparition.

Peut-on trouver de la poésie, des émotions dans les tours ?
J. N.
: Si je n’étais pas convaincu, je n’en construirais pas ! Qu’il s’agisse d’immeubles de bureaux, de logements ou d’un hôtel, les règles sont pour moi les mêmes : le souci premier de l’esprit des lieux, de leur histoire, de leurs principes de formation. De cette étude préalable du contexte naissent des sensations, des émotions qui sont porteuses de poésie comme le sont la recherche permanente d’un dialogue attentif avec l’existant, cet échange peut se traduire lors de la conception d’un bâtiment dans le choix d’une hauteur, d’une forme, d’un matériau. La force d’une architecture  est de mettre en valeur ce qui est déjà  là tout en inventant un objet dôté de sa personnalité propre.

 

 

Credit photo @SevLalourcey
Credit photo @SevLalourcey
Crédit photo @SevLalourcey
Crédit photo @SevLalourcey

En quoi La Marseillaise vise pour la première fois en France l’excellence environnementale ?
J. N.
: Le projet de la Marseillaise vise une certification environnementale très exigeante en répondant à plusieurs questions comme la consommation énergétique, les faibles nuisances du chantier ou la qualité des ambiances intérieures (acoustique, lumineuse, sanitaires). Ce qui a été déterminant dans l’approche environnementale du projet est la définition des façades.  En utilisant un système de brise soleil dont les formes varient en fonction de l’orientation, cela a permis de diminuer les apports calorifiques du soleil tout en conservant une qualité de lumière qui garantit un grand confort visuel.

Croyez-vous qu’aujourd’hui Marseille a une vision plus globale de son avenir grâce à l’architecture ?
J. N.
: L’ensemble des projets urbains et architecturaux des dernières années a permis aux Marseillais de se réapproprier de nombreux espaces publics qui avaient été sacrifiés, notamment à la circulation des voitures dans le centre-ville et le long du port. Depuis Marseille 2013, je sens une dynamique nouvelle.  Plusieurs projets culturels ou commerciaux ont requalifié de nombreux lieux hautement symboliques de Marseille. Je suis heureux de participer à ce mouvement.



Lysianne Fayolle

Jean Nouvel - crédit photo : Bernard Bisson/SIPA
Jean Nouvel - crédit photo : Bernard Bisson/SIPA
Crédit photo @SevLalourcey
Crédit photo @SevLalourcey

Le projet de La Marseillaise a-t-il été inspiré par l’histoire de la ville, la présence de la mer ?
J. N.
: Le plan en trapèze de la tour s’insère dans la composition d’ensemble du plan de masse. Le bâtiment est défini par une géométrie tridimensionnelle composant la structure et les façades. Cette géométrie se décline en poteaux, menuiserie de façade, brise-soleil horizontaux et verticaux. Le bâtiment abrite deux blocs d’étages courant qui sont scandés par de grandes respirations où, au travers de la structure on perçoit des morceaux de paysages. A cette rigueur géométrique répond une complexité chromatique, les façades se colorent des teintes de la terre cuite, du bleu de la mer et de la blancheur des nuages en fonction des points de vue. Le noyau, véritable épine dorsale de la tour, rappelle les masses rocheuses qui émergent dans le bâti de la ville.

La tour telle que vous l’avez conçue a-t-elle vocation de participer à l’élaboration d’un quartier populaire fait pour tout le monde et permettra-t-elle aussi aux marseillais de profiter de cette vue exceptionnelle sur la mer et la ville ?
J. N.
:  La Marseillaise s’inscrit dans une  opération urbaine d’ensemble, Euroméditerranée, dont le plan masse a été élaboré par Yves Lion.  Ce projet urbain permet la reconquête d’un territoire qui accueillait des activités portuaires et industrielles pour le transformer en quartier de logements, de commerces, de bureaux et d’équipements culturels.  Avec l’arrivée du tramway, du train et des bus, ces projets d’envergure sont devenus possibles. La Marseillaise accueillera des bureaux donc, à priori, des espaces qui ne sont pas accessibles au public. Toutefois, l’un des principaux preneurs est la Communauté urbaine de Marseille. C’est un service public ouvert à ses  administrés qui pourront donc par ce biais profiter de la tour.

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